7 octobre : Briser le récit et le début d'une nouvelle conscience
Par le prisonnier libéré Raed Nizar Abdel Jalil
Dans l'histoire des peuples, il y a des moments décisifs qui ne se mesurent pas à l'aune des armes ou de l'équipement, mais par leur capacité à déclencher une prise de conscience et à changer l'imaginaire collectif. Le 7 octobre 2023 fut l'un de ces moments ; ce n'était pas simplement une attaque militaire surprise, mais un choc qui a brisé le mythe de l'armée israélienne invincible et de l'État invaincu.
Octobre fut un événement qui a dépassé la dimension militaire. Ce n'était pas seulement une "opération militaire", mais un texte philosophique, intellectuel, psychologique, culturel et politique qui a remodelé de nombreux concepts liés à l'occupation, à la résistance et à la conscience. En un instant, les grands récits de l'occupation se sont effondrés, et une nouvelle image du Palestinien a émergé dans la conscience collective : l'acteur, pas la victime ; l'initiateur, pas le soumis.
Depuis sa création, le mouvement sioniste s'est appuyé autant sur la force armée que sur les "récits" : Israël comme refuge sûr pour les Juifs, son armée capable d'écraser toute menace, et le mur de fer qui ferait plier les Arabes au désespoir. Ce récit s'est enraciné dans l'imaginaire arabe et palestinien après les défaites de 1948 et 1967, faisant de la libération une illusion.
Mais le 7 octobre a fait exploser ces mythes. L'attaque n'a pas seulement révélé la fragilité du système de sécurité israélien, mais a montré que la dissuasion n'était plus absolue, et que le Palestinien est capable de créer un événement historique qui renverse la conscience et redéfinit le possible.
La scène de la soumission : une image qui réécrit l'histoire
Un des moments les plus forts de cette journée fut l'image du combattant palestinien entièrement armé tandis que les soldats d'occupation levaient les mains en signe de reddition.
Pendant de nombreuses années, le Palestinien a été représenté comme une victime : martyr ou prisonnier face à un soldat supérieur. Mais le 7 octobre a renversé cette image : le soldat israélien à genoux, le combattant palestinien fier.
Cette image n'était pas simplement une scène passagère, mais est devenue un symbole redéfinissant la relation entre victime et bourreau. C'est la preuve que la grandeur se construit par l'action, pas par la propagande, et que le Palestinien peut déplacer le conflit de la case "réaction" à "initiative".
Du côté palestinien : le discours de la défaite a reculé et le sentiment de capacité et d'initiative a augmenté. Le combattant n'est plus seulement un symbole de sacrifice, mais est devenu un symbole d'action historique.
Du côté arabe : l'image d'Israël comme garant de la sécurité et de la stature des régimes s'est effondrée, et l'action palestinienne est devenue reconnue sans doute.
Du côté occidental : l'image d'Israël comme une "démocratie assiégée" a reculé, remplacée par celle d'un "État d'apartheid" commettant un génocide, ouvrant la voie à une vague de reconnaissances de l'État de Palestine par la Grande-Bretagne, la France, le Canada et l'Australie.
Gaza : la douleur qui révèle la fragilité de l'occupation
Malgré les massacres, le génocide et la souffrance et la destruction vécues par notre peuple à Gaza, ce que l'occupation déverse sur la bande n'est qu'une reconnaissance implicite que ce qui s'est passé en octobre n'était pas une guerre passagère, mais une guerre existentielle touchant le sort même du projet sioniste.
Netanyahu comprend que le sionisme ne peut pas vivre avec "l'autre", et que la simple existence du Palestinien, qu'il soit arabe ou humain, signifie que son projet est incomplet. Le 7 octobre est venu confirmer que cet autre n'est pas seulement présent, mais est un initiateur capable d'action historique.
Témoignages israéliens révélant la rupture
- L'armée israélienne a reconnu un échec stratégique dans la prévision de l'attaque, et que la technologie et le renseignement n'ont pas protégé les civils.
- Itai Brun, ancien chef de l'analyse du renseignement militaire : "Les brèches étaient à un niveau stratégique, et changer le personnel ne suffit pas à les réparer."
- Meyer Ben Shabbat, ancien président du Conseil de sécurité nationale : "L'opération du 7 octobre a brisé la dissuasion israélienne."
- Des journaux comme Haaretz ont décrit les Palestiniens comme "les meilleurs défenseurs de leurs patries", confirmant que leur résistance de 75 ans a fait de la résistance un acte collectif indestructible.
- Frantz Fanon : La résistance n'est pas seulement une confrontation militaire, mais la naissance d'un nouvel homme qui retrouve sa dignité au cœur de la bataille. Le Palestinien incarne aujourd'hui cette transformation de "victime" à "acteur historique".
- Mohammed Abed Al-Jabri : Il a appelé à reconstruire l'esprit politique arabe loin de l'aliénation. Le 7 octobre fut une critique vivante de cette aliénation et le début d'une nouvelle conscience libératrice.
- Ali Shariati : Il considérait la résistance comme un projet civilisationnel avant d'être militaire, ce que la scène palestinienne incarne aujourd'hui.
- Edward Said : Il a expliqué que le conflit avec Israël n'est pas seulement géographique, mais un conflit de récits et de représentations. Le moment du 7 octobre a brisé l'image du Palestinien comme victime impuissante et l'a reproduit comme acteur historique.
- Marwan Barghouti : Depuis les prisons, il nous rappelait toujours que la vraie force n'est pas seulement dans l'armement, mais dans la conscience et la volonté politique. Il a lui-même écrit que "la liberté n'est pas un rêve lointain, mais un acte quotidien, sa résistance commence par l'esprit avant les armes ou la politique." Ces mots résument l'essence de ce que représentait le 7 octobre : que l'action historique commence par la conscience avant la balle.
- Che Guevara : La révolution est "la conscience avant d'être une arme", une phrase qui résume ce que le 7 octobre a déclenché dans la conscience collective.
- Eduardo Galeano : Il a écrit sur la "mémoire du feu" qui nourrit les peuples. L'image du combattant palestinien, avec les images de destruction et de douleur, est devenue une mémoire vivante qui sera transmise aux générations futures.
De Fanon à Edward Said : l'approche intellectuelle
Enfin
Le 7 octobre n'a pas seulement changé l'équilibre des forces, mais a brisé la domination narrative qu'Israël avait construite pendant des décennies. Les images de la reddition des soldats, les aveux de leurs dirigeants sur l'échec de la dissuasion, et les articles de leurs journaux louant le courage des Palestiniens sont autant de preuves de la naissance d'une nouvelle conscience.
Mais le plus grand défi est de transformer cette conscience en un projet de libération à long terme qui combine la résistance politique, culturelle et sur le terrain dans un cadre national unifié, sous une stratégie unifiée fondée sur l'unité nationale et visant la libération.
Octobre n'était pas seulement un acte militaire, mais un texte philosophique, intellectuel, psychologique, culturel et politique qui a changé de nombreux concepts liés à l'occupation, à la résistance et à la conscience. Comme l'a dit Antonio Gramsci : "Pessimisme de l'intellect, optimisme de la volonté."
Malgré les images de destruction, de mort, de faim et de douleur sans fin, cette douleur profonde ne sera pas la fin, mais la graine d'un commencement. De là émergera une patrie et un État ; c'est une nécessité historique.
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