Dans un contexte régional où les lignes de feu et les intérêts s'entremêlent, notamment à la suite des événements sanglants récemment survenus à As-Suwayda dans le sud de la Syrie, une rencontre trilatérale sans précédent a eu lieu à Paris entre une délégation américaine dirigée par Tom Brake, le ministre syrien des Affaires étrangères Asaad Al-Shabani, et le ministre israélien des Affaires stratégiques Ron Dermer. Il s'agit d'une tentative américaine de désescalade militaire et de redéfinition des règles d'engagement dans le sud de la Syrie.

La réunion, organisée à huis clos, révèle une inquiétude croissante à Washington et à Tel Aviv quant à la possibilité que la situation dans le sud de la Syrie glisse vers une confrontation ouverte, surtout après qu'Israël est intervenu dans la ligne de front à As-Suwayda en tant que partie directe – selon les allusions de Damas – dans une position politique aux dimensions stratégiques nouvelles.

Le journal américain Axios a cité des sources informées indiquant que la réunion se concentre sur "de nouveaux arrangements sécuritaires" dans le sud de la Syrie et le renforcement des mécanismes de coordination sur le terrain entre l'armée syrienne et israélienne, sous médiation américaine.

Cela intervient dans un contexte de tensions croissantes sur le terrain après que l'armée israélienne a remis en service une installation médicale de campagne dans la région de Hadar pour soigner des Druzes blessés, un geste interprété à Damas comme une tentative d'établir une présence israélienne directe sur le territoire syrien.

Point central de discorde : le sud de la Syrie

Damas considère le sud de la Syrie comme une question de souveraineté non négociable et estime que les violations israéliennes répétées par des frappes aériennes et le soutien logistique à des groupes locaux constituent une violation flagrante de l'accord de désengagement de 1974.

En revanche, Israël insiste pour ne pas permettre la présence de "groupes armés hostiles" à ses frontières, en particulier ceux qu'elle considère comme une extension de l'influence iranienne.

Cependant, la paradoxe frappante dans ce contexte complexe, selon l'écrivain et chercheur politique Abdul Karim Al-Omr, réside dans "la tentative de Washington de réinitialiser les règles du conflit en Syrie sans porter atteinte à la souveraineté de l'État syrien", affirmant dans une interview au programme 'Al-Tasi'a' de Sky News Arabia que "les États-Unis comprennent que la stabilité de la Syrie ne sera réalisée que par le contrôle de l'État syrien sur l'ensemble de son territoire, et que le président Ahmad Al-Shar'a est le plus qualifié pour diriger cette phase."

As-Suwayda et les accusations réciproques

Les récents événements à As-Suwayda, qui ont vu des affrontements entre les forces gouvernementales et des groupes locaux, ont été décrits par Damas comme le résultat de "tentatives extérieures d'allumer le chaos" dans une zone considérée comme l'une des plus sensibles, non seulement en raison de la dimension sectaire, mais aussi de sa proximité avec le Golan occupé et les lignes de contact avec Israël.

Al-Omr a souligné que "la plupart des élites religieuses et civiles d'As-Suwayda soutiennent l'État syrien", confirmant que ce qui se passe là-bas "ne représente pas les positions des membres de la communauté druze, mais des groupes séparatistes, certains issus des restes de l'ancien régime et d'autres recevant un soutien indirect de Tel Aviv."

Il ajoute : "Les Druzes sont patriotes. Ce que nous voyons est une tentative de groupes miliciens – dont certains ont demandé la protection d'Israël lors de la création du conseil militaire – de détourner la prise de décision locale à As-Suwayda et de pousser vers la séparation, ce que Damas rejette catégoriquement."

Nouvelle position syrienne sur Téhéran et le Hezbollah ?

Le changement le plus marquant – et peut-être le plus dangereux – à ce stade se reflète dans les rares déclarations faites par Abdul Karim Al-Omr concernant la position de Damas sur l'Iran et le Hezbollah. Il a clairement déclaré : "C'est impossible... La Syrie ne peut pas traiter avec le Hezbollah ou l'Iran contre Israël. Pour Damas, l'Iran et le Hezbollah ne sont pas différents d'Israël ; ce sont des occupants qui ont tué le peuple syrien."

Ce ton dur représente une rupture qualitative avec le discours politique qui a marqué la relation entre Damas et Téhéran depuis 2011. Il indique une tentative syrienne avancée de tracer une nouvelle politique étrangère qui croise les intérêts américains et du Golfe, notamment dans un contexte que Al-Omr a décrit comme un "soutien massif" de Washington et une "ouverture sans précédent" de l'Arabie Saoudite, qu'il a qualifiée d'"État géopolitique efficace dans la région et dans le monde."

Le dilemme des choix pour Israël

D'autre part, Israël fait face à un dilemme de choix dans le sud de la Syrie. Elle ne peut pas accepter l'expansion de l'autorité centrale syrienne sur toute la géographie du sud sans garanties de sécurité, ni permettre à des milices locales indisciplinées de créer un vide sécuritaire que des forces hostiles pourraient exploiter. Cela fait de la rencontre à Paris un "moment charnière", selon les analystes.

Abdul Karim Al-Omr a confirmé dans ce contexte que "la nouvelle Syrie est capable de gérer la sécurité de ses frontières avec Israël sans besoin d'une zone tampon", rappelant que le président Al-Shar'a et son ministre des Affaires étrangères ont exprimé depuis leur prise de fonction que "la Syrie ne constitue une menace pour personne et souhaite des relations basées sur des intérêts mutuels – même avec Israël si elle se retire des territoires occupés et s'engage à cesser les interventions."

Il poursuit : "Ce que la Syrie demande est clair et explicite : le retrait d'Israël des terres occupées, le respect de l'accord de désengagement, et l'arrêt des interventions militaires. Ce n'est qu'alors que l'on pourra parler de garanties de sécurité mutuelles."

La Maison Blanche et la nouvelle approche

L'envoyé américain Tom Brake a été clair dans son message à Damas, selon des fuites médiatiques : Washington ne soutiendra pas la division de la Syrie et considère la stabilité du pays comme un intérêt régional et international. Cependant, il a demandé au président syrien de "revoir ses politiques internes" pour éviter de perdre le soutien international.

Dans ce contexte, des sources proches de l'administration américaine affirment que la deuxième administration Trump – contrairement à l'approche précédente – considère Damas comme un partenaire potentiel pour réaliser la stabilité régionale, à condition qu'elle prouve son sérieux dans la reconstruction de l'État, l'ouverture au voisinage arabe, et le démantèlement des foyers d'influence iranienne, notamment dans le sud.

Dialogue entre aventure et opportunité

La rencontre syréo-israélienne à Paris semble non seulement porter des significations politiques, mais aussi indiquer la profondeur des transformations en cours dans la position syrienne et une tentative de capitaliser sur une "flirt" régional et international rare pour sortir de son isolement international.

Tandis que Washington cherche à maîtriser le rythme de l'escalade vers le sud et à réaliser un règlement froid, Damas mise sur la récupération de sa pleine souveraineté, soutenue par un appui saoudien sans précédent et une ouverture américaine qui pourrait être une porte vers une phase post-conflit.

Mais la vérité immuable reste que la paix ne se construit pas seulement sur les intentions, mais sur des actions concrètes sur le terrain. Jusqu'à ce que la rencontre de Paris devienne un véritable tournant, le sud de la Syrie reste un miroir précis de la lutte des volontés et des intérêts entre un État qui tente de renaître de ses cendres et un voisin qui parie toujours sur la fragmentation de son environnement.