Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, serre la main du ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad Al-Shibani, à Ankara. (AFP)
Au milieu des discussions sur le dossier de Gaza et le plan de paix de Trump, Alep a connu lundi soir une escalade "contrôlée" entre les forces de sécurité affiliées à Damas et celles de l'Administration autonome dans les quartiers à majorité kurde de Sheikh Maqsoud et Al-Ashrafieh.
Cette escalade, survenue après une visite américaine de haut niveau dans le nord et l'est de la Syrie et avant une rencontre entre des responsables de l'Administration autonome et Damas, a été suivie d'une visite éclair du ministre syrien des Affaires étrangères Asaad Al-Shibani à Ankara, comprenant des messages politiques et militaires turco-syriens doubles.
Escalade limitée à Alep... Un message politique calculé
L'Administration autonome a précédé la rencontre avec Damas en publiant des images montrant "l'atmosphère positive" entourant la visite de la délégation américaine composée de l'envoyé américain en Syrie Tom Barrett, accompagné de l'amiral Brad Cooper, commandant du Commandement central américain (CENTCOM), confirmant le soutien continu de Washington aux Forces démocratiques syriennes (FDS), en particulier les ailes militaire et sécuritaire au sein de l'administration américaine.
Damas a répondu par une escalade à Alep, mais en gardant la portée des affrontements largement contrôlée, contrairement à ce qui a été observé auparavant dans des régions syriennes telles que la côte et Soueida, renforçant l'hypothèse qu'il s'agissait d'une carte de pression utilisée par le gouvernement syrien avant l'arrivée de la délégation de l'Administration autonome à Damas.
Les quartiers d'Alep sont considérés comme un point faible pour l'Administration autonome pour plusieurs raisons :
- Ces quartiers sont dépourvus de toute présence des FDS, qui s'en sont retirées conformément à l'accord du 10 mars.
- Malgré la présence effective de l'Administration autonome dans les deux quartiers, celle-ci reste fragile étant donné que les zones sont encerclées par une vaste géographie contrôlée par Damas, la zone la plus proche contrôlée par les FDS étant à plus de 50 km.
- Les forces de Damas contrôlent les routes menant aux deux quartiers, ce qui leur donne la possibilité d'imposer un siège comme outil de pression efficace.
Des sources de l'Administration autonome ont déclaré à "An-Nahar" que la réunion de Damas n'a pas permis de progrès réels sur le terrain et n'a abouti à aucune signature d'accord, malgré "l'atmosphère positive" qui régnait lors des rencontres.
La réunion, à laquelle les médiateurs américains et français n'ont pas participé selon des sources d'"An-Nahar", a abordé des questions générales, notamment l'intégration des FDS et des forces de sécurité intérieure, les demandes de modifications constitutionnelles et de décentralisation, ainsi que des dossiers pratiques tels que le cessez-le-feu, la levée du siège des quartiers d'Alep et le retour des habitants d'Afrin.
Accusations kurdes contre Ankara
Des sources d'"An-Nahar" indiquent une convergence de vues entre Damas et l'Administration autonome concernant l'intégration des FDS avec le soutien américain, en mettant l'accent sur le "rôle négatif turc" dans cette affaire, tandis que le côté américain semble largement concentré sur les dossiers de Deir ez-Zor et le contrôle des points frontaliers.
Le "rôle négatif turc" insisté par l'Administration autonome a également été exprimé par le leader Badran Jia Kurd, qui a accusé les factions de l'"Armée nationale" soutenues par Ankara de ne pas respecter la trêve déclarée.
Jia Kurd a publié sur les réseaux sociaux que "l'escalade, la mobilisation et le siège continu contre les deux quartiers (Al-Ashrafieh et Sheikh Maqsoud) confirment une fois de plus que les factions armées soutenues par Ankara ne respectent pas les décisions des autorités intérimaires, mais exécutent des agendas étrangers qui contredisent l'intérêt national syrien."
Il a appelé "les médiateurs internationaux et régionaux à faire pression sur Ankara pour qu'elle cesse ses interventions dans les affaires syriennes et à jouer un rôle actif dans l'apaisement de l'escalade, en vue de parvenir à des solutions consensuelles et durables entre nous et Damas, loin de toute ingérence extérieure (...) et des diktats et tensions régionales."
Damas entre la fermeté turque et la solution pragmatique
Au milieu de ces tensions, Ankara cherche à établir une nouvelle équation dans le nord de la Syrie.
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a récemment appelé à "exclure les FDS de la guerre contre l'EI", une indication claire du désir de la Turquie de redéfinir le rôle sécuritaire dans le nord de la Syrie.
Les États-Unis ne semblent pas encore prêts à accorder ce rôle à la Turquie. Malgré les tentatives turques pour combler un vide américain potentiel, elle manque d'outils pour la stabilité. Tout en parlant de lutte contre le terrorisme, elle adopte un discours rejetant toute forme d'administration autonome kurde, ce qui la met en désaccord avec Washington qui a récemment, par la voix de Barrett, exprimé la possibilité d'envisager des solutions "sous-fédérales" en Syrie.
L'Administration autonome, soutenue par de larges courants américains, insiste sur le fait que "le retour à un État centralisé strict n'est plus possible en Syrie, et que la décentralisation est la solution réaliste pour préserver l'unité du pays."
Cette position américaine officieuse contraste avec un tournant pragmatique dans la pensée syrienne par rapport à la position turque rigide. Alors qu'Ankara exige le désarmement des FDS et leur intégration dans l'armée syrienne en tant qu'individus, Damas comprend que la solution militaire globale est impossible et que l'intégration politique et économique des Kurdes est la seule voie pour éviter une partition effective du pays.
Les FDS constituent le noyau d'une force politique et militaire incontournable, et tenter de les intégrer de force dans l'État syrien raviverait le conflit, tandis que les démanteler sans guerre régionale est une mission presque impossible.
Dans un article sur le site de l'Institut Washington pour la politique du Proche-Orient, l'ancien envoyé américain en Syrie James Jeffrey estime que la solution réaliste en Syrie réside dans des mesures progressives de construction de confiance, comme la remise de certaines zones arabes comme Deir ez-Zor à une administration conjointe, en échange du maintien de l'autonomie dans les zones kurdes.
Cette proposition reflète un virage américain progressif d'une logique de contrôle vers une logique d'administration conjointe, ce qui pourrait constituer le noyau d'une solution politique à long terme, même en dehors du cadre des institutions officielles syriennes.
Le pari américain sur la gestion des crises plutôt que leur résolution est un dénominateur commun entre la Syrie et Gaza. Trump cherche à utiliser Gaza dans sa bataille pour le "Prix Nobel de la paix", tandis que Washington poursuit sa politique de "gel stratégique" en Syrie qui maintient le conflit sous contrôle sans règlement.
En revanche, la Turquie agit comme une puissance régionale cherchant une plus grande sphère d'influence, tandis que Damas semble préoccupée par la consolidation d'une présence plus symbolique que réelle, ce qui s'est reflété dans la conférence de presse conjointe entre Fidan et son homologue syrien par un langage turc plus strict, contre un discours plus calme d'Al-Shibani.
Malgré les discours de toutes les parties sur les solutions politiques, les faits sur le terrain suggèrent que la "stabilité temporaire" restera le thème principal de la Syrie post-guerre jusqu'à ce que des règlements plus larges mûrissent au-delà des frontières d'Alep vers une carte régionale redessinée de Gaza à l'Euphrate.
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