À l'approche du mois d'octobre marquant le deuxième anniversaire de la guerre de Gaza, la scène européenne connaît un repositionnement politique et diplomatique reflétant des équilibres complexes entre la pression de l'opinion publique d'une part et les calculs gouvernementaux d'autre part.

De Bruxelles à Madrid, l'Europe adopte des mesures variées face à la guerre, dans un contexte d'intensification du discours des droits de l'homme et humanitaire, contrastant avec une hésitation dans les politiques officielles au niveau de l'Union européenne.

Depuis le début de la guerre, les rues européennes ont été le théâtre de manifestations sans précédent. Selon le journal espagnol 20 Minutos, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Londres, Berlin, Paris et Madrid, brandissant des slogans appelant à un cessez-le-feu et à des sanctions contre Israël. Cet élan populaire ne peut plus être ignoré, forçant les gouvernements à revoir progressivement leurs positions, transformant la scène en un véritable test de l'engagement de l'Europe envers ses valeurs déclarées en matière de droits de l'homme.

Sur le plan politique, le journal espagnol El Diario a indiqué que l'Union européenne a publié plusieurs déclarations officielles via le Conseil européen et le Parlement européen, appelant à un « cessez-le-feu immédiat et durable ». Le débat sur le gel de l'accord de partenariat commercial entre l'UE et Israël a également repris avec force, bien qu'aucune décision concrète n'ait été prise en raison de l'opposition de pays comme l'Allemagne et la Hongrie, qui continuent de soutenir Tel-Aviv.

En revanche, des positions plus audacieuses ont émergé de certaines capitales européennes. L'Espagne, l'Irlande et la Belgique ont publiquement demandé un embargo sur les armes à Israël et ont déposé des recours juridiques devant la Cour internationale de justice, accusant l'armée israélienne de crimes de guerre. Madrid a également rejoint une coalition internationale cherchant à mettre fin à ce qu'elle a qualifié d'« impunité d'Israël », reflétant un changement notable dans la politique étrangère espagnole.

Un des changements les plus marquants sur le continent concerne la reconnaissance de l'État palestinien. La France, la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'Irlande et la Norvège ont franchi une étape historique en reconnaissant officiellement la Palestine, suivies par la Slovénie, Malte et le Luxembourg.

Ces reconnaissances ont envoyé un message fort indiquant que la solution politique au conflit ne peut ignorer le droit des Palestiniens à l'autodétermination et ont répondu directement à la pression de l'opinion publique européenne rejetant le soutien inconditionnel à Israël.

Sur le plan économique, le journal La Economista a expliqué que certains pays européens ont pris des décisions concrètes à la fois symboliques et pratiques. La Norvège, par exemple, a suspendu les investissements de son fonds souverain dans des entreprises liées aux colonies israéliennes, tandis que le Danemark a suspendu certains contrats d'armement. En revanche, l'Italie et la Grèce ont continué à renforcer leur coopération sécuritaire avec Israël, mettant en lumière de profondes divisions au sein de la maison européenne.

Sur le plan humanitaire, Bruxelles a annoncé une augmentation record du budget d'aide alloué à Gaza, consacrant plus de 500 millions d'euros à l'aide aux civils. Cependant, cette mesure a été largement critiquée, la Commission européenne étant accusée de double standard en raison de son financement continu de projets conjoints avec des entreprises israéliennes dans les secteurs de la technologie et de la défense.

Le paysage européen semble contradictoire, avec une large solidarité populaire et des décisions gouvernementales avancées dans certains pays, mais des divisions internes empêchant une position européenne unifiée et ferme. À l'approche du deuxième anniversaire de la guerre, les questions s'intensifient : ce mouvement marque-t-il le début d'un changement stratégique dans la politique européenne envers le conflit israélo-palestinien, ou les pressions économiques et politiques continueront-elles à freiner toute décision radicale allant au-delà du symbolisme vers l'action ?

Ce qui semble certain, c'est que le prochain anniversaire ne passera pas inaperçu. Les manifestations prévues dans plusieurs capitales européennes, ainsi que les démarches juridiques et diplomatiques accélérées, reflètent que la cause palestinienne est de nouveau au cœur du débat européen, et que la seconde guerre de Gaza pourrait redéfinir la position de l'Europe entre promesses de valeurs et pressions d'intérêts.