Le chercheur et expert français en affaires du monde arabe, Pierre Boussel, estime que dans la voie du Maroc vers le développement de l'intelligence artificielle comme technologie centrale et le renforcement de sa position dans ce domaine, un "écart structurel" persiste. Cet écart se manifeste par une forte dépendance du système numérique national à la "technologie étrangère", notamment aux algorithmes d'apprentissage automatique développés à l'étranger, ainsi qu'à l'obstacle de l'analphabétisme numérique, particulièrement dans les zones rurales.

Dans un rapport intitulé "Le défi de l'intelligence artificielle au Maroc", publié sur le site de la société spécialisée en recherches "Geopolitical Intelligence Service", Boussel explique que l'agenda de souveraineté numérique du Maroc repose sur trois piliers principaux : le développement d'une infrastructure nationale de cloud computing, l'expansion des centres de données, et la conception de mécanismes de soutien dédiés aux startups technologiques. Il ajoute qu'on espère que cela conduira à une transformation nationale menant à l'autosuffisance numérique.

Cependant, il souligne qu'"un écart structurel subsiste", précisant que "comme dans de nombreux autres pays de la région, le système numérique marocain dépend encore fortement des composants technologiques étrangers, y compris les serveurs, logiciels, protocoles de sécurité, certificats et infrastructures cloud."

L'expert ajoute que ces éléments "sont largement importés, exploités ou fabriqués par des entités soumises à des juridictions étrangères, tandis que le traitement des données sensibles, qu'elles soient administratives, économiques ou personnelles, nécessite des systèmes externes offrant des garanties limitées en matière de confidentialité ou de contrôle institutionnel."

Un "défi similaire", selon le chercheur français, s'applique à la dépendance aux algorithmes d'IA développés à l'étranger, notant que "ces systèmes, souvent conçus par des entreprises technologiques multinationales, fonctionnent comme des boîtes noires opaques. Les pays utilisateurs n'ont aucun contrôle sur leur conception, et il ne peut être garanti que les données traitées restent sous surveillance nationale."

De plus, l'article avertit que ces algorithmes sont généralement entraînés sur des ensembles de données reflétant des contextes sociaux et juridiques différents de ceux du Maroc, "ce qui peut conduire à des interprétations erronées, des biais opérationnels ou des résultats discriminatoires."

L'article souligne également un autre défi pour le Maroc dans la réalisation de ses objectifs numériques, y compris ceux liés à l'IA : environ 40 % des personnes sont incapables d'utiliser les smartphones, Internet ou les applications mobiles en raison de l'analphabétisme numérique ou du manque d'infrastructures.

La source confirme la capacité du Maroc à construire un écosystème d'IA "bénéficiant à tout le pays", et pas seulement "aux centres des villes comme Casablanca, Tanger et Marrakech", expliquant que "l'intelligence artificielle peut contribuer à stimuler le développement régional en tirant parti des talents des zones intérieures pauvres."

À cet égard, l'expert a indiqué que l'Institut "The Jazari", dans la région de Guelmim-Oued Noun, cherche à "utiliser l'IA comme moteur de développement", en se concentrant sur "des secteurs clés tels que l'agriculture intelligente, la santé numérique, les énergies renouvelables, le tourisme durable et les ressources marines."

Le chercheur a ajouté que "ces initiatives seules ne peuvent pas changer la trajectoire technologique du Maroc, mais elles envoient un signal important", montrant "un passage de la surveillance passive à la participation active à la transformation numérique mondiale, y compris dans des zones longtemps retardées ; elles révèlent aussi les défis à venir : l'intégration de l'IA sera probablement lente, inégale et difficile."

En conclusion, l'article indique que le scénario le plus probable est la réussite du Maroc dans la mise en œuvre des réformes numériques, notamment par l'expansion et la diffusion des programmes de formation à l'IA dans plusieurs régions, et le soutien à l'innovation par des incitations aux startups locales.