Ce n'est pas la première fois que la question de l'affectation d'agents de sécurité pour protéger des personnalités politiques, partisanes, religieuses et autres est soulevée. Cependant, la plainte contre l'ancien directeur général de la Sécurité d'État, le général Tony Saliba, a remis cette affaire sous les projecteurs car il est accusé d'avoir affecté des agents à des personnalités non politiques pour son intérêt personnel.

Trois avocats et un doyen à la retraite ont déposé une plainte auprès du Parquet financier contre le général Tony Saliba, comprenant des accusations de « gaspillage de fonds publics, abus de pouvoir au sein de la Direction générale de la Sécurité d'État (...) concernant le licenciement d'accompagnateurs avec voitures et leurs fournitures en carburant et entretien au profit de personnes, chefs de partis, anciens responsables, entreprises, hommes d'affaires et femmes de la société ».

Mais la question demeure : puisque la loi permet l'achat de services de sécurité, pourquoi Saliba est-il poursuivi ?

Depuis des années, des personnalités partisanes bénéficient d'une protection sous prétexte de menaces, mais la protection des chefs de partis n'est pas prévue par la loi qui définit les personnalités devant bénéficier d'une protection sécuritaire, à commencer par le président de la République, les anciens présidents, les présidents du parlement et des gouvernements, ainsi que les ministres, députés et juges.

Cependant, les circonstances vécues par le Liban, notamment après 2005, ont rendu nécessaire le renforcement des mesures de sécurité pour certains chefs de partis et même l'augmentation du nombre d'agents de sécurité pour certains députés. Lors d'une séance parlementaire, un député a demandé une protection sécuritaire au ministre de l'Intérieur, le tenant responsable de tout dommage pouvant lui être causé.

Alors que la loi sur les Forces de sécurité intérieure permet l'achat de services de sécurité contre rémunération déposée dans le fonds des Forces de sécurité intérieure, l'intervention de la Direction générale de la Sécurité d'État dans ce domaine est considérée comme une violation de la loi puisque son règlement ne prévoit pas ce service, rendant ainsi la question des indemnités légitime.

En attendant le déroulement légal de la plainte déposée contre Saliba, la question des protections reste sujette à une procrastination gouvernementale dans la mise en œuvre des circulaires précédentes émises par d'anciens Premiers ministres. Notamment, une décision isolée a été prise en mars dernier par la Direction de la Sécurité d'État pour retirer les agents de sécurité chargés de protéger le chef du Courant patriotique libre, le député Gebran Bassil, mais elle a rapidement été annulée en attendant une étude complète pour définir et unifier les critères de distribution des agents de sécurité aux personnalités. Il existe une grande disparité dans leur nombre selon la personnalité demandant la protection, avec une discrimination entre les individus même s'ils détiennent le même grade ou la même responsabilité.

De plus, des dizaines d'agents de protection sont fournis à des personnes non prévues par le décret d'organisation de l'accompagnement et de la protection de 2009, modifié en 2022.

Cependant, certains considèrent la plainte contre Saliba comme faisant partie d'une campagne systématique contre le Mouvement orange, qui a commencé dans plusieurs institutions publiques, notamment la Régie des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban, où Jean Gabriel a été démis de ses fonctions, suivi de la suspension du directeur du Casino du Liban, Roland Khoury.