En revisitant l’histoire de la chanson populaire en Arabie saoudite, Salama Al-Abdullah n’est pas simplement un chanteur d’une époque révolue, mais une ombre persistante ; une voix qui a su établir une identité artistique indépendante, distincte des écoles de son temps, laissant une empreinte indélébile dans la conscience populaire et critique.

Une des caractéristiques majeures de sa carrière est qu’il a su combiner la profondeur du patrimoine, la sincérité du dialecte najdi, et un esprit de renouveau contemporain — un renouveau non arbitraire mais fondé sur les racines. Son mélange de styles populaire, traditionnel et contemporain était sincère, produisant des chansons encore chantées aujourd’hui par d’autres artistes, telles que « Tawallat Bik Wallah », « Ya Dha Al-Hamam » et « Shirou », mais l’écho de sa performance reste la référence ; c’est lui qui a façonné ces textes avec sa voix et les a ancrés dans la mémoire collective.

Salama Abdullah Al-Shammari est apparu à la fin des années 1960 et au début des années 1970 comme l’un des piliers de la chanson populaire saoudienne, avec une carrière de chant s’étendant sur près de quatre décennies. Un aspect clé de sa carrière fut la création d’une société de production, ce qui a permis une diffusion plus large de ses œuvres. Son renouvellement continu dans la mélodie et la performance l’a rapproché de la chanson classique najdi sans sombrer dans un conservatisme rigide.

En collaboration avec des poètes éminents tels qu’Ahmed Al-Nasser, Khalaf bin Hithal, Rashid Al-Juaithen et d’autres noms de premier plan de la poésie nabati, Salama a su choisir des textes adaptés à sa voix et à son timing, leur apportant une charge musicale qui fait de la chanson plus qu’une simple mélodie et paroles : une expérience émotionnelle.

Parmi ses chansons encore fréquemment reprises, on trouve « Ya Dha Al-Hamam », qui figure toujours dans les playlists familières aujourd’hui, ou des albums comme « Aroos Al-Shamal » et « Malik Udhr », présents sur les plateformes de streaming modernes comme des œuvres témoignant de la profondeur de l’interprétation et de la vision étendue.

Ce qui distingue Salama, c’est que sa voix ne suivait pas les tendances vocales dominantes, mais a forgé son propre style. En critique vocale, on dit : il n’a pas imité, mais a remodelé la langue chantée saoudienne avec son équilibre vocal, son timbre et son style personnel d’interprétation.

Salama a vécu une époque de transition sur la scène saoudienne, quand le public demandait à la fois authenticité et renouveau. Dans ce contexte, son expérience fut un équilibre difficile, qu’il a largement réussi, représentant un point pivot dans l’histoire de la chanson saoudienne qui est passée du « bédouin-populaire » à des étendues vocales plus larges.

Aujourd’hui, alors que l’histoire de la chanson saoudienne est revisitée, Salama Al-Abdullah doit être reconnu non seulement comme un chanteur, mais comme celui qui a façonné la voix indépendante de l’art populaire saoudien, une valeur artistique historique qui ne se limite pas à son époque, mais vit dans la mémoire collective et nourrit les générations qui le redécouvrent.